En 2020, la Compagnie Moradi lance le projet théâtral participatif « Romances européennes » sur les imaginaires, l’histoire et la citoyenneté européenne dans le quartier du Breil à Nantes. Elle organise des salons de conversations où elle pose la question : « Quel est votre premier souvenir d’Europe ? »
Annick Soret, une habitante de 80 ans, répondit : « L’Europe m’évoque ma mère » : Yvette, décédée à Vienne en Autriche en 1944. Elle serait partie au Service Volontaire du Travail. Anne Neyens et Ronan Cheviller de la Compagnie Moradi sont tout de suite touchés par ce récit, il dessine un fil avec un pan de l’histoire européenne ignoré. Ils contactent les conservatrices des archives municipales et départementales. Elle ignoraient que des femmes étaient parties travailler en Allemagne.
Sylvain Maresca président de la Compagnie Moradi est un ancien sociologue à la retraite, il se passionne tout de suite pour cette histoire, elle entre en écho avec son père parti au STO [Service du travail obligatoire]. Il entreprend des recherches approfondies dans les archives. Il collabore avec l’historienne Camille Fauroux, qui vient de publier un livre pour la première fois sur ce sujet (en 2020) : « Produire la guerre, produire le genre. Des Françaises au travail dans l’Allemagne nationale-socialiste (1940-1945) , Paris, EHESS, coll. « En temps et lieux ».
L’historienne emploie le qualitatif de « travailleuses civiles », car sur place, la plupart de ces femmes fait l’expérience du travail forcé, loin de l’image engageante véhiculée par la propagande officielle.
Durant la Seconde Guerre mondiale, près de 80 000 femmes françaises partirent travailler en Allemagne nazie et dans ses territoires occupés, pour des raisons principalement économiques. À la sortie de la guerre, ces femmes ont été un tabou et conduites au silence. À travers son histoire, Yvette devient l’incarnation d’une figure féminine de l’Europe dans les temps troubles de la guerre.
Les recherches se poursuivent pendant 3 ans, jusqu’aux archives des Victimes des Conflits Contemporain à Caen, puis à Vienne en Autriche. En mai 2024, l’équipe de la compagnie a organisé un premier voyage sur les pas d’Yvette en Autriche. Elle s’est rendu, avec Annick Soret, au cimetière Central de Vienne, où Yvette est enterrée au carré des français. Parmi les 140 tombes, on retrouve 70 femmes dont une moitié est décédée au cours de la Seconde Guerre mondiale.
Poursuivre une ambition européenne pour faire connaître une partie ignorée de son Histoire en répondant à l’appel à projet C.E.R.V
Le programme de la Commission européenne C.E.R.V « Citoyens, Égalité, Droits et Valeurs – travail de mémoire européen » vise à lutter contre les déformations historiques et à apporter une vision plus nuancée des événements de notre passé.
L’objectif de la Compagnie Moradi est de faire connaître l’histoire des travailleuses civiles au cours de la 2de Guerre mondiale, dans un dialogue avec des historiens européens, un large public, des lycéens et leurs enseignants. Il s’agit de compléter le tableau de la 2de Guerre mondiale, en donnant une place aux femmes.
La Compagnie Moradi a associé sept partenaires à ce projet : la Maison de l’Europe de Nantes [France, Loire-Atlantique], la Ville de Nantes [France, Loire-Atlantique], l’Espace Cœur en Scène géré par la Commune de Rouans [France, Loire-Atlantique], le Mémorial de Falaise – Les Civils dans la guerre [France, Calvados], l’Institut Français d’Autriche [Autriche], le Documentation Centre of Austrian Resistance – DOW [Autriche] et Le Souvenir Français – Délégation autrichienne [France].
Chaque partenaire a proposé des actions complémentaires. Le projet a été sélectionné parmi plus de 500 candidatures dans toute l’Europe, dont seulement cinq en France.
Mise en œuvre du projet européen [mars 2025 – mars 2026] avec au coeur du processus la création d’une pièce de théâtre documentaire : « Yvette 1943, travailleuse civile sous l’occupation »
Le projet s’est ouvert à la Maison de l’Europe de Nantes avec une journée organisée en direction des enseignant.e.s. Anne Neyens et Ronan Cheviller ont présenté la pièce de théâtre documentaire « Yvette 1943, travailleuse civile sous l’occupation », adaptée du livre de Sylvain Maresca « De Nantes à Vienne, une femme sous l’Occupation » [La Geste éditions, 2024]. Les deux comédiens retracent les différentes étapes de l’enquête dans les archives pour reconstituer la vie d’Yvette et comprendre pourquoi elle décède à Vienne en Autriche le 1er janvier 1944.



Le spectacle s’est poursuivi avec un atelier Histoire, en présence de la fille d’Yvette, Annick Soret, l’historienne Camille Fauroux et Sylvain Maresca, afin de réfléchir à une nouvelle lecture de l’Histoire à travers l’approche des femmes en intégrant une perspective de genre.
En mai 2025, l’équipe de la Compagnie Moradi s’est rendue à Vienne en Autriche pour présenter son spectacle au lycée français et à l’Institut Français, en partenariat avec Döw, les Archives de la résistance autrichienne. Ils ont aussi été invités à participer à la commémoration du 80e anniversaire de la fin de la Seconde Guerre mondiale en Europe, au carré des français du cimetière central de Vienne, en présence de l’ambassadeur de France et d’un représentant du ministère de l’intérieur autrichien, afin de dévoiler une plaque commémorative rappelant le sort des travailleuses civiles, en anglais, en français et en allemand, devant la tombe d’Yvette. Un QR code renvoie vers un article sur Yvette sur le site internet de Nantes Patrimonia.
Puis, ils ont présenté leur pièce documentaire suivie d’un temps d’échange avec l’auteur Sylvain Maresca et Annick Soret, la fille d’Yvette, lors de la Fête de l’Europe à la Maison de l’Europe de Nantes, lors des Journées européennes du Matrimoine et du Patrimoine avec la Ville de Nantes au Théâtre Francine Vasse et à l’Espace Coeur en Scène à Rouans. Ils ont aussi organisé la rencontre littéraire ”Mémoires européennes du travail forcé” à la Maison de l’Europe de Nantes, en partenariat avec le Centre Culturel Franco-Allemand et les lecteurs de la Bibliothèque de la Maison de l’Europe de Nantes, avec les auteur.e.s invité.e.s Marie-Paule Dessaivre [On n’avait pas demandé à y aller, Editions L’Harmattan, 2014] et Sylvain Maresca.
Le dernier volet du projet s’est déroulé au Mémorial de Falaise – Les civils dans la guerre dans le Calvados. Une exposition a été spécialement conçue : « Femmes en guerre : engagements et désillusions » de mars 2026 à janvier 2027. Son but : Mettre en lumière des parcours féminins, multiples et souvent méconnus, afin de mieux comprendre la Seconde Guerre mondiale comme une expérience collective où les femmes furent, partout, des actrices centrales de l’histoire. Un portrait d’Yvette participe à cette réflexion. Deux classes du Lycée Guillaume le Conquérant de Falaise ont travaillé à la réalisation des portraits à partir de documents originaux des archives des victimes des conflits contemporain à Caen.
Création d’un nouvel outil pédagogique par la Maison de l’Europe de Nantes mutualisé avec 40 maisons de l’Europe en France
Pour renforcer le travail de mémoire, Fanny Grassiet, responsable pédagogique à la Maison de l’Europe, a conçu un jeu de rôles, destiné aux classes de terminales, en lien avec leur programme scolaire sur la Seconde Guerre mondiale et la construction de la mémoire européenne.


Les élèves revisitent les grandes étapes du conflit à travers une frise chronologique participative, afin de replacer les événements dans l’ordre et comprendre leur enchaînement. Ils participent ensuite à une activité d’identification consacrée aux figures féminines de cette période, pour mettre en lumière des parcours souvent méconnus. En deuxième partie, les élèves prennent part à un jeu de rôle « Rendez-vous à la gare », accompagné d’une ambiance sonore créée par la volontaire Zoé Charrier.
Chacun suit la vie de son personnage — Jacques Lambert, qui éleva seul ses deux fils après le décès de son épouse ; Esther Blum, qui travaillait à l’horlogerie avec son frère ; ou encore Marie Rossignol, qui tenait une épicerie avec son mari — durant la guerre. Leur objectif est de retrouver les membres de leurs familles sur le quai, ainsi que leurs descendants, en échangeant entre eux.
Les jeunes peuvent ensuite assister à une représentation de la pièce Yvette, 1943, travailleuse civile sous l’Occupation, pour prolonger l’intervention [Offre Pass Culture].
En guise de conclusion
La rencontre avec la Maison de l’Europe de Nantes a été très importante pour la Compagnie Moradi pour développer ses actions, leur donner de l’ampleur et entrer en dialogue avec les nombreux membres de cette association qui portent une réflexion passionnante sur l’Europe. Les échanges ont été très fructueux.
La Maison de l’Europe de Nantes a pu développer un nouvel outil pédagogique sur l’Europe avec un regard sur la 2de Guerre mondiale, qui va âtre mutualisé avec 40 Maisons de l’Europe en France. La Compagnie Moradi a apporté une approche artistique qui permet de rendre vivant le questionnement sur l’histoire des travailleuses volontaires au cours de la 2de Guerre mondiale.
Proposé dans le cadre du projet « Yvette, 1943, travailleuse civile sous l’Occupation », coordonné par la Cie Moradi [Mars 2025 – Juin 2026] en partenariat avec la Maison de l’Europe de Nantes, la Ville de Nantes, l’Espace Coeur en Scène à Rouans [Loire-Atlantique], le Mémorial de Falaise – Les Civils dans la guerre [Calvados], l’Institut Français d’Autriche [Vienne], le Documentation Centre of Austrian Resistance – DÖW [Vienne, Autriche] & le Souvenir Français – Délégation autrichienne [Paris]. Co-financé par l’Union européenne dans le cadre du programme « Citoyens, Egalité, Droits et Valeurs – Travail de mémoire européen. Les points de vue et les opinions exprimés n’engagent cependant que leur(s) auteur(s) et ne reflètent pas nécessairement celles de l’Union européenne ou de l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture. Ni l’Union européenne ni l’Agence exécutive européenne pour l’éducation et la culture ne peuvent en être tenues pour responsables.

